Publié le 10 juin 2020 Mis à jour le 10 juin 2020

Surnommé « beurre du pauvre » en Amérique du sud et centrale d’où il est originaire, l’avocatier a occupé une place importante notamment dans les rituels des Aztèques. Il a également servi d’aphrodisiaque, d’encre, de teinture, de remède contre le diabète, les troubles digestifs et, à l’inverse, de poison.


Utilisé en Amérique centrale et du sud depuis environ 8 000 ans, l’avocatier (Persea americana) aurait progressivement fait l’objet d’une sélection par la taille. En témoignent les pépins – car l’avocat est une baie – retrouvés dans les grottes du Mexique. Pendant la période précolombienne (7800 av. J.-C.), les Aztèques prêtaient à l’avocatier des propriétés aphrodisiaques. En effet, les extrémités de ses branches étaient transformées en amulettes pour la fécondité. Les sages-femmes Mayas utilisaient d’ailleurs les feuilles d’avocatier chez les femmes enceintes : il s’agissait de permettre un « transfert des énergies nocives » de la maladie sur la plante ou sur un objet qui sera ensuite détruit.  L’avocatier a toujours été utilisé dans une perspective thérapeutique, en particulier dans les pratiques médicinales traditionnelles. Néanmoins, dans plusieurs médecines traditionnelles, certaines pratiques et relations avec les plantes revêtent un caractère magique ou divin.

Persea americana
Persea americana


Tout est bon dans l’avocat

Importé en Europe par les Espagnols au XVIIe siècle, l’avocat était considéré comme un produit de luxe tandis qu’en Amérique, on le surnommait le « beurre du pauvre ». Chauffé et broyé, le noyau d’avocat servait aux conquérants espagnols d’encre rouge indélébile, grâce à sa haute teneur en tanins, afin de rédiger des documents officiels, dont certains sont toujours conservés en Colombie. La peau de l’avocat, elle aussi très riche en tanins, donne une teinture résistante à la lumière et au lavage. En faisant réagir ces tanins avec des sels de fer (des clous en fer par exemple), on obtient des teintes de gris.

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Un arbre bien protégé

L’avocatier a un statut bien particulier dans plusieurs médecines traditionnelles, notamment en Centrafrique. Au XXe siècle au Burundi, l’avocatier était protégé contre les « regards maléfiques », en particulier pendant la période de floraison. Cultivés loin des endroits fréquentés par l’Homme, ils sont entourés de clôtures pour éviter qu’ils soient touchés. Les femmes allaitant un enfant ont par exemple interdiction de les approcher pour éviter une « concurrence de fécondité ». De nos jours, les feuilles de l’avocatier sont prescrites en infusion par les tradipraticiens – qui exercent une pratique médicale dite « non conventionnelle » reposant sur des approches traditionnelles pour lutter contre le diabète. En effet, celles-ci ont des propriétés hypoglycémiantes – réduisant le taux de sucre dans le sang – et anti-inflammatoires. En outre, elles sont indiquées pour stimuler les menstruations, soigner ou soulager l’asthme, les bronchites, les infections et la toux en Amérique centrale. Les feuilles de l’avocatier et l’écorce des jeunes tiges sont utilisées, aux Antilles et dans les Caraïbes, pour soigner les troubles digestifs et rénaux. Mais ce qui rend surtout l’avocat célèbre de nos jours dans les cultures occidentales, c’est sa capacité à réguler le taux de cholestérol dans le sang et ses usages en cosmétique.


Délicieux, riche et…toxique

Aujourd’hui, on retrouve l’avocat dans toutes les cuisines, même les feuilles de l’avocatier servent de condiments dans certains plats mexicains. Cependant, si l’avocat semble inoffensif pour les humains, il n’en est pas de même pour la plupart des animaux. Les Amérindiens broyaient les noyaux d’avocat pour réaliser un poison – le Yassaku – servant à tuer les poissons lors de la pêche. En effet, toutes les parties de la plante contiennent de la persine, une toxine fongicide, destinée à éliminer les champignons parasites chez les végétaux. Cela n’empêche pas le champignon Colletotrichum glœosporioides d'être le principal ennemi des producteurs d'avocats : ces derniers infectent le fruit mais aussi les feuilles et les tiges de l'avocatier. La production d'avocats a en effet fortement augmenté ces dernières décennies et le « beurre du pauvre » fait aujourd'hui la richesse de plusieurs grands producteurs malgré la grande consommation en eau de sa culture, qui nécessite aussi la déforestation de nombreuses forêts. À la fois teinture, aliment, objet de rituels, cosmétique, remède et poison, l'avocatier trouve toujours une place de choix !

 

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Crédits images :

Image 1 : Jardin Botanique Henri Gaussen © SCECCP, UT3

Image 2 : CC BY B.navez